POURQUOI LE BURN – OUT NOUS CONSUME-T-IL ? Emission “Service public” de France Inter diffusée le mercredi 27 mai 2015 résumée par Pascale Kollen

  POURQUOI LE BURN – OUT NOUS CONSUME-T-IL ?
             Emission “Service public” de France Inter diffusée le mercredi 27 mai 2015
                                                  résumée par Pascale Kollen
http://www.franceinter.fr/emission-service-public-pourquoi-le-burn-out-nous-consume-t-il
                                                  Sont présents à l’antenne:
Serge HEFEZ, psychiatre et psychanalyste
Guy BIRENBAUM, journaliste à France Into, auteur de “ Vous m’avez manqué : histoire d’une dépression française”, éditions Les Arènes.
Aude SELLY, consultante en prévention des risques psycho-sociaux et burn-out,
auteure de “ Quand le travail vous tue”, éditions Maxima Laurent du Mesnil. Elle
anime un site Internet mission-RH.
Guy Birenbaum, tout comme Aude Selly, fait dans son livre le récit de son burn out.
Première remarque générale : le burn out est le fait de personnes particulièrement concernées  et passionnées par leur travail.
Il ne survient pas brusquement, mais s’installe comme conséquence d’un stress qui existe dans la durée, comme par exemple une succession de nuits blanches…
Le contexte est toujours un trop plein de travail, avec des contraintes de toutes natures  venant s’y ajouter.
Une dépression ancienne peut aussi constituer une part de causalité.
Comment diagnostiquer le burn out ?
(On parle aussi de surmenage, d’épuisement au travail…)
Il ne s’agit pas d’une maladie psychiatrique répertoriée…
Il ne s’agit pas d’une maladie professionnelle reconnue par la CPAM…
C’est un épuisement : on arrive au bout de ses ressources, de ses capacités; on est “au bout “ du sommeil, de la confiance en soi, on se replie sur soi, dans un sentiment de vide et de tristesse.
Corps et esprit s’épuisent ensemble, en même temps.
Les neurotransmetteurs permettant de fonctionner normalement et de ressentir du bien-être : noradrénaline,dopamine, sérotonine, ne sont plus efficaces.
D’où l’inutilité de tenir des propos tels que : “ Secoue-toi, prends des vacances,ça va aller mieux !” car ici, c’est le corps qui a pris la commande de l’esprit !
Guy Birenbaum témoigne que oui, chez lui aussi le corps a lâché, et que quand on est dans la négation de ce qui se passe réellement, les symptômes sont physiologiques : maux de ventre, de dos, transpirations nocturnes… Un déficit chimique fait que le corps lâche avant la tête.
Aude Selly insiste sur le fait que cet épuisement est à la fois physique, mental et émotionnel.
Dans un contexte de chômage, n’est-il pas indécent de parler de burn out ?
Au contraire, ce contexte explique la pression ressentie par ceux qui travaillent : cette injonction d’être, dans un univers super concurrentiel, le meilleur, le plus rapide, le plus efficace …sous peine de voir quelqu’un d’autre prendre sa place !
Peut-on dire que certains se mettent tout seuls la pression ?
Aude Selly parle ici d’hypocrisie car selon elle, c’est l’entreprise qui pousse au surengagement.
Exemple : l’importance donnée à l’entretien annuel d’évaluation, qui, avec ses degrés qualitatifs, permet tout à la fois de recevoir les félicitations du manager et les augmentations de salaire !
Serge Héfez souligne l’effacement désormais des frontières entre la sphère du travail et la sphère privée : nombreux sont ceux qui emportent du travail à la maison, et le font tard le soir out tôt le matin, ou encore la nuit, etc.
Une aide-soignante de la Croix-Rouge témoigne des charges de travail qui ne correspondent pas aux capacités en personnels, et qui, en outre, ont pour effet pervers de cliver le personnel, avec  une espèce de guerre entre d’une part ceux qui y arrivent, mais en “bâclant”, et  d’autre part ceux qui n’y arrivent pas, cette ambiance détestable ajoutant encore à la pression…
Aude Selly fait remarquer que cette notion de sous-effectifs est une constante dans les situations de burn out.
Elle raconte que,dans son cas personnel, sa tentative de suicide n’était pas liée à un épisode dépressif, qu’ elle était uniquement dictée par le besoin urgent de faire cesser immédiatement une situation insupportable.
Sommes-nous tous égaux ou inégaux face à ces situations ?
Serge Héfez répond que oui, par leur histoire personnelle singulière, certains vont présenter davantage de facteurs de risques, mais qu’ensuite le burn out met curieusement tout le monde sur un pied d’égalité : les mêmes causes nocives vont produire les mêmes effets chez tous !
Dans son livre, Guy Birenbaum raconte comment dès le début de sa première consultation, son psychiatre l’a amené à “lâcher prise” en mettant sur le tapis un élément personnel et familial, par rapport auquel son travail et son épuisement n’étaient qu’une “ couche du lasagne” !
Une auditrice témoigne du cas de son mari, un cadre victime de deux épisodes de burn out, et pour qui la valeur travail était un sommet dans sa vie. Ayant eu une prescription d’ antidépresseur, il avait cru pouvoir s’en contenter, puis quelques temps après s’en passer, mais avait rechuté, et seul le recours à une consultation de psychiatrie avait finalement pu le sauver.
Un consensus se fait sur la nécessaire alliance des médicaments (pour le corps) et de l’aide d’un psychiatre ( pour l’esprit) pour surmonter efficacement ce type de pathologie.
Les victimes de burn out ne sont pas toutes concernées par une dépression antérieure, mais toutes devront réaliser un travail sur soi pour comprendre ce qu’elles ont engagé d’elles-mêmes dans cette histoire, pourquoi elles se sont mises dans cet état de dépression, quels rapports elles entretiennent avec la performance, etc.
Les causes du burn out ne sont jamais simples, elles sont plutôt à considérer comme une cascade de causes imbriquées les unes dans les autres. Par exemple, le repli sur soi va engendrer des problèmes conjugaux, qui eux-mêmes vont aggraver le burn out…
Raphaëlle Mantoux, responsable RH, vient exposer le travail de réhabilitation réalisé dans un centre spécialisé accueillant policiers, gendarmes, pompiers et gardiens de prisons en situation de burn out.
Elle dit que tous les secteurs d’emploi sont concernés, ainsi que tous les niveaux hiérarchiques, mais que quelques professions sont néanmoins plus exposées que d’autres : celles qui demandent un engagement moral et émotionnel forts.
Elle insiste sur le fait que les conditions de travail sont déterminantes.
Dans le débat général qui suit, en effet, ressortent les besoins fondamentaux au travail : pour l’estime de soi, la reconnaissance par autrui des compétences que l’on met en œuvre est essentielle. Faute de cette reconnaissance, on voit les individus s’épuiser à courir après, dans un engagement de plus en plus total.
Le sentiment d’appartenance, lui aussi, est fondamental, tandis que l’isolement est destructeur. C’est l’isolement qui peut conduire au suicide.
La plupart du temps, on consulte trop tard, quand le burn out a déjà fait des ravages dans l’estime de soi, dans les capacités de concentration, et quand tout ce qui touche au travail est devenu insupportable… mais ce “trop tard fait partie lui-même du syndrome d’épuisement.
Pendant longtemps, on est totalement dans le déni, et on considère qu’on est personnellement responsable de ce qui nous arrive. On n’imagine pas qu’on pourrait être une victime.
Dans tous les cas, la reconstruction de la personne va être longue, certaines prises en charge s’étalant sur plusieurs années,

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